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 Muireen, fille de Crate (Terminée)

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MessageSujet: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Jeu 13 Avr - 15:58

550 de large
Muireen Crate


Présentation
Âge 19 ans
Peuple Northmen
Lieu de naissance Vert-Bois
Localisation Vert-Bois
Allégeance Maison royale de Maethelburg
Rang Héritière de la maison Crate
Parenté et personnes proches Ses parents Cathalain et Caithleen.
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Mon prénom Sasha
Mon âge 24 ans depuis peu !
Comment j'ai connu ce forum En tombant directement sur le sujet de Back to Dagor Dagorath, qui présentait ce contexte-ci. C'est effectivement une première (de mon expérience des forums SDA en tous cas) qu'on s'intéresse à la suite de l'histoire !
Je fais du RP depuis Bien une dizaine d'années à peu de chose près.

VOTRE AVATAR



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Background


Le chant de Muireen par jour de fête.

Les plaintes lancinantes du vent s'engouffrent sous les rabats épais de la tente, les secouant avec force bien qu'ils soient solidement amarrés à la terre meuble de l'orée des bois. Son occupante pourrait s'y tenir debout et tendre les bras sans en toucher les extrémités de toile, mais pour l'heure elle est assise en tailleur au milieu de l'abri, un livre ouvert posé entre ses genoux. Le crissement régulier de la pointe d'une plume se fait entendre comme elle en couvre les pages de son écriture souple à la lumière vacillante de sa lampe en fer forgé.

Tout a basculé, du jour au lendemain. Comment aurais-je pu m'attendre à recevoir le devoir qui incombait à Aodh ? J'avais six aînés, six frères nés avant moi qui auraient dû hériter de notre père. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, une fratrie aussi étendue n'avait vu naître aucune inimitié entre nous ; nos liens, s'ils étaient constitués d'une saine rivalité, ne s'encombraient pas de jalousie ou d'envie. Ils étaient solides, incassables. Rien, croyais-je, ne pouvait nous séparer. Rien, sauf la mort.

Le chant des engoulevents se distingue parmi les doléances de la brise agitée. La nuit tombe sur le Rhôvanion et elle le berce de sa pénombre, rappelant à Muireen les expéditions que, enfant, elle adorait mener à travers Vert-Bois. Les taillis épais et les larges ruisseaux n'avaient plus constitué un obstacle à sa fougue dès ses sept ans.

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs nous avons toujours été ensemble. Aodh, Carnaël, Morival, Harmath, Kayran et Derival. Nos relations étaient faites de compétition et d'épreuve ; c'était à celui qui grimperait avant les autres jusqu'au sommet de l'à-pic, à celui qui remporterait la course de chevaux à travers les sous-bois. À celui qui remonterait le lit de l'Anduin jusqu'aux berges caillouteuses, à la lisière du domaine voisin.

Un mince sourire éclaire le visage tailladé de la jeune femme comme elle se remémore les événements qu'elle confie au papier. Une désagréable boule remonte dans sa gorge et gêne sa déglutition dans le même temps, ce qui l'agace passablement. Elle a pleuré deux jours entiers et c'est bien suffisant pour une femme aussi forte que Muireen. La guerrière époussette alors une poussière imaginaire sur son épaule, du bout de la rémige de son stylet. C'est un geste inutile comme elle en effectue chaque fois qu'elle est mal à l'aise. Une goutte d'encre tombe sur son plaid aux couleurs de sa famille.

Nos âges respectifs avaient été la seule chose à nous séparer un tant soit peu, se marquant un peu plus lors de nos jeux d'adresse et de force. Mais aujourd'hui...

Un raclement se fait entendre à l'extérieur, conduisant l'héritière à s'interrompre. Elle conserve un immobilisme parfait en tendant l'oreille, maudissant les émois du vent qui trompent sa vigilance. L'image d'une bête sauvage rôdant aux abords de son bivouac s'invite dans son esprit. Un long moment s'écoule sans que rien d'autre ne survienne et elle reprend, attentive, le fil de ses aveux.

Aujourd'hui, alors même que nous étions tous adultes, alors même que nous pouvions enfin nous jauger sur un pied d'égalité comme frères et sœur... ils m'ont tous été pris. Nous aurions pu bâtir des fondations nouvelles pour les Crate, nous aurions pu élever notre maison à la force de nos poignets ! Mais il ne reste plus que moi et sur mes épaules reposent les devoirs de chacun d'entre eux.

Muireen s'interrompt une nouvelle fois et étudie les mots qu'elle a couchés sur le papier. Ne sont-ils pas un peu trop plaintifs ? Elle considère la question un moment et puis décide qu'elle a bien le droit de se plaindre un peu à son journal, puisqu'elle s'interdit de le faire de vive voix.

Les questions et les remords ont cessé de me tarauder, je crois. C'en est fini de me tourmenter pour savoir si j'aurais dû être parmi eux ou non. Ce n'est pas ce qui importe : tout ce qui compte, c'est de montrer au clan ce qu'il a besoin de voir et supporter au mieux mon père et seigneur. Il dit que des choses se préparent et il m'a longuement interrogée sur mon rêve de lorsque j'étais enfant. La raison de cet intérêt soudain après m'avoir tant réprimandée à ce sujet demeure un mystère...

Elle se fige encore lorsque le raclement revient, plus proche. La rouquine dépose doucement la plume pour se saisir du fourreau de peau noire et tannée qui repose à côté d'elle, sa main libre aux cals durcis épousant avec une aisance née de l'habitude la poignée enrobée de bandes de vieux cuir. L'éclat de ses yeux se durcit, plus acéré encore que le fil pourtant aiguisé de la lame qu'elle met à nu dans un lent sifflement.

*
* *
Quelques minutes plus tard

Une tache rouge fleurit sur le vélin, brouillée par l'encre qui se mélange dans ses profondeurs vermeilles. Muireen l'observe, le souffle court. Ses cheveux défaits tombent autour de son front mouillé de sueur. La souillure sur son journal l'hypnotise, lui rappelant avec une netteté frappante la façon dont le sang s'était épanoui sur le corps de son frère le plus âgé. Le souvenir, vivace, lui ronge le cœur. Ses doigts se raffermissent sur son épée, ses jointures blanchissent et l'arme frémit de rage contenue. Avoir tué la créature - ce qu'elle faisait là, esseulée, était une question dont elle se moquait bien de la réponse - n'avait fait que raviver les cendres jamais tout à fait endormies de sa colère. Elle ferme les yeux et laisse les réminiscences affluer de sa mémoire.

C'était un froid matin d'hiver. Je me sentais transie jusqu'aux os, remuant sur ma selle qui craquait au moindre de mes mouvements. Mes frères m'entouraient de toutes parts comme si j'étais la chose la plus importante au monde et derrière nous marchaient, dans un silence très relatif, les guerriers de Crate.
Nous pensions les surprendre. Les frapper lorsqu'ils seraient les plus affaiblis, à rôder ainsi autour de Vert-Bois. À aucun moment quelqu'un ne s'est douté qu'ils nous attiraient, en réalité, à l'écart des bois qui nous protégeaient.

Il y a eu une volée de flèches sombres pour obscurcir l'aube. Surprise, je n'ai pu que regarder les traits pleuvoir en heurtant les mailles et les casques, émettant un cliquetis bien trop doux en comparaison des cris qu'elles arrachaient. Harmath a été le premier à lever son bouclier et nous l'avons imité, offrant le rouge et le mauve à la face du ciel glacé. Un impact étonnamment violent a ébranlé le mien et j'ai réprimé une grimace, notant la pointe d'acier qui vibrait à quelques pouces de mon avant-bras.

Puis la clameur, menaçante, avide de sang, s'élevant de derrière les collines. Des silhouettes sombres n'ont pas tardé à en décorer le sommet avant de s'élancer dans la pente douce, couchant les herbes. Le soleil froid a renvoyé une myriade d'éclats brillants.

« Crate ! En ligne ! En ligne ! » s'époumona Aodh en faisant volter sa monture, un fougueux étalon à la robe noire.

J'ai glissé un coup d’œil sur notre cohorte. Surprise, elle tardait à s'organiser, présentant un flanc mince comme une branche à la ruée de nos assaillants. J'ai compris que la bataille risquait d'être perdue bien avant d'avoir commencé et avec la défaite disparaîtrait le devenir de notre clan. Ses troupes éparpillées, je ne doutais pas qu'il attirerait l’œil de nos voisins de la forêt qui s'emparerait de ce que bon leur semblerait. Notre tentative de démonstration de force allait-elle mener à notre perte ?

Je m'y refusais.

Montrant les dents, je tirais brutalement sur les rênes pour forcer mon alezan à se frayer un chemin dans le cordon de mes protecteurs et ainsi à sortir de cette masse humaine. Je fis la sourde oreille aux ordres secs émanant de ma fratrie, levant bien haut mon épée au fer large et ouvrant la bouche sur un long hululement, aigu et féroce. Avec un temps de retard il fut repris en boucle et les guerrières disséminées rompirent les rangs pour s'agglutiner à mes côtés, entre l'ennemi et le reste des nôtres.

J'étais la fille de Crate. Jeune, sans doute. Presque trop pour me battre. Mais aussi réputée pour sa témérité et sa chance insolente. Certaines se rappelaient l'obstination avec laquelle j'avais poussé leurs enfants à courir, à nager, à s'entraîner - même bien après que j’eusse moi-même atteint mes limites. D'autres n'avaient pas oublié lorsque j'avais chipé dans le cellier seigneurial, au nez et à la barbe des gardes, pour apporter des sacs gonflés de pommes aux femmes des démunis. Ni lorsque j'avais bravé la fétidité d'une chambre souillée pour porter dans mes bras un petit garçon, l'amenant au guérisseur lorsque nul n'avait osé l'approcher.
J'étais un symbole. Celle qui en faisait plus pour les autres que pour elle-même et aujourd'hui, j'offrais à d'autres femmes la possibilité de suivre mon exemple.

J'enfonçai sauvagement mes éperons dans les flancs de mon cheval et elles m'imitèrent, les bêtes nous portant à l'encontre de l'ennemi. Je fis le vœu silencieux que la mêlée qui s'ensuivrait ne nous submergerait pas avant que le reste des troupes ne parvienne à se reformer et à nous secourir.


Muireen pousse un long soupir s'apparentant à un gémissement. Elle repousse son écritoire et étend les jambes, renversant la tête en arrière. La main qu'elle presse contre son flanc suinte d'un mince filet rouille réchauffant ses doigts. Trois années à peine l'éloignent de sa première bataille et pourtant, elle a l'impression que ça fait au moins une décennie. La douleur paraît tellement plus facile à supporter qu'alors ! La risette qui éclaire son visage est davantage sardonique que joyeuse. Elle peut ré-entendre le fracas des armes, le heurt sourd...

... des chevaux qui renversent les corps, de leurs ruades affolées brisant mâchoires et épaules. J'ai réussi par miracle à conserver mon assiette lorsque mon alezan a percé la première ligne des orques en soulevant un concert de vociférations bestiales. Une main griffue s'est accrochée à ma cheville et j'ai frappé de mon épée, encore et encore. Un chaud liquide noir a jailli et j'ai frappé de nouveau, ne rencontrant que le vide ; j'ai manqué glisser de selle.

Tout autour de moi le monde venait de se résumer au seul mot de folie. Animaux, créatures et humaines se mélangeaient dans une tourmente désespérée. Les cris et le sang se mêlaient sans pudeur dans la plaine ; je voyais, du haut de ma monture, la silhouette lointaine et déchiquetée des chaînes de montagnes d'où les orques devaient venir.

Un javelot passa à côté de moi et traça un sillon brûlant sur mes côtes. Je me couchai par réflexe sur l'encolure de mon cheval et, poussée par je-ne-savais-quelle folie, je m'enfonçais un peu plus dans la mêlée. Tout en l'abattant je songeais que mon épée n'était guère adaptée à mes talents de cavalière et qu'une hache eût davantage convenu. Le givre de ce petit matin s'était estompé à la faveur d'une chaleur bouillonnante charriée dans mes veines par mon cœur battant la chamade ; je vis une guerrière tomber et de petites dents jaunes se refermer sur son cou, lui arrachant un hurlement désarticulé.

Mon âme en émoi était comme un autre destrier dont je devais maintenir fermement les rênes, mais je sentais que la panique n'était pas loin de me submerger. Alors, j'ai écouté la seule voix dont je savais qu'elle pouvait estomper le vacarme terrifiant de la bataille.
C'était une voix grondante et primale, tapie au fond de mon ventre. Je lui ôtai sa muselière et elle hurla, hurla un sentiment qui était un mélange bâtard de haine, de plaisir et d'avidité. Je réalisai, dans un dernier sursaut de lucidité, qu'une bête n'aurait pas poussé une clameur bien différente ; et pourtant c'est de ma gorge qu'elle s'échappa.

Le reste se brouilla dans un mariage de couleurs bruyantes, de sons sanglants et d'odeurs craquantes.  


*
* *

Elle repousse la lassitude l'assaillant avec l'aisance de l'habitude, bravant l'obscurité avec son lourd paquetage sans qu'une once de peur n'égratigne sa résolution. Elle sait que maintenant qu'elle est l'unique enfant du seigneur de Crate elle devrait mettre un terme à ses escapades en solitaire ; mais c'est justement maintenant plus que jamais qu'elle en a besoin. Besoin de ces bouffées de liberté, de ces échappées dans l'horizon lointain que, dans le domaine familial, elle ne fait qu'épier de loin.

Un combat a succédé à une autre au fil des saisons, encore et encore. Nous nous sommes battus contre les orques des montagnes parce que la maison royale l'a fait, marchant aux côtés des Nains avec un entêtement qui, je le savais, irritait mon père. Nous avons donné notre sang, et pourquoi ? Par allégeance ? Par désir de montrer notre force ? Pour les autres c'était peut-être le cas. À mon sujet la vérité est moins noble : j'ai le goût de la mort sur la langue, comme si la frénésie qui m'avait saisie sur mon premier champ de bataille avait laissé en moi une pointe empoisonnée, fiévreuse. Ce coup d'éclat m'avait catapultée loin dans l'estime des guerriers et beaucoup considéraient que c'était à moi que revenait la tâche de mener l'avant-garde, moi dont la fougue éclipsait celle de mes frères...

C'est ce qui m'a sauvé la vie.


Muireen ajuste l'équilibre de son fardeau d'un brusque geste d'épaule, un mouvement plein d'énervement. Elle inspire profondément l'air frais de minuit et s'imagine que sa froidure apaise la bile brûlante noyant sa poitrine.

Il faut croire que les Crate n'ont jamais été de grands stratèges. Trop souvent nous avons laissé l'ennemi nous surprendre et compté sur notre seule vaillance pour nous tirer des mauvais pas ; la fois-là fut celle de trop.
J'ai mis du temps à réaliser ce qu'il se passait. Je marchais à l'avant, négociant les cols escarpés et caillouteux avec celles qui étaient devenues ma garde. Des boulangères, des lavandières et des tisserandes, mais qui troquaient rouleau pour épée, panier pour lance dès que le besoin s'en faisait sentir. Ma popularité auprès des autres femmes n'avait cessé de grandir et si elles étaient encore peu nombreuses à prendre les armes, leur nombre était suffisant pour m'entourer à la bataille.

Lorsque les cris provenant de l'arrière devinrent par trop perçants je me retournais en fronçant les sourcils, juste à temps pour apercevoir le messager qui se frayait péniblement un chemin à travers les rangs.

« L'arrière ! Ma dame, l'arrière est perdu ! »

Et de fait, un remous humain se laissait deviner dans cette direction. Je l'avais déjà vu suffisamment de fois pour comprendre ce dont il s'agissait : une débandade.

« Alors avec moi », lâchai-je d'un ton sinistre en tirant mon épée.

J'aperçus les premiers fuyards, qui remontaient vers nous en haletant et en semant le désordre autour d'eux. Ils étaient déjà couverts de sang et leur vue souffla un vent de doute. Un étau glacé m'enserra le cœur ; le messager, lui, attrapa mon bras.

« C'est trop tard, ma dame ! Sauvez les guerriers que vous pourrez mais l'arrière... »
« Mes frères sont à l'arrière ! » grondai-je en le repoussant.

Mais il était déjà trop tard. Je ne pu lutter contre la marée des soldats qui pressaient le pas ou même s'élançaient, fuyant devant les beuglements sourds que j'entendais désormais clairement. Alors je les vis comme leur haute taille les distinguait du reste ; leurs corps massifs couleur de pierre surmontés d'une tête disgracieuse aux petits yeux stupides, tandis que les trolls fracassaient indistinctement os et métal. L'escarpement de la piste ne permettait pas de faire front à plus de trois ou quatre et que pourraient si peu d'adversaires face à ces monstres ?

Je sentis qu'on me tirait par l'épaule et je résistais, tentant vainement de remonter le courant. J'ignorais les appels qu'on me lançait, bataillant contre mes propres hommes, ne comprenant pas pourquoi ils tenaient tant à me gêner !
Une autre paire de mains vint me retenir, et encore une autre. Je criai pour qu'on me lâche, qu'on me laisse aller tuer toutes ces abominations jusqu'à la dernière.

La débâcle alla en s'accélérant et bientôt je tombais à la renverse ; on me remit promptement sur pied et je levais des yeux brouillés de larmes de rage vers mes propres gardes. Je lu dans leurs expressions que ce combat-là était perdu.


Muireen desserre les dents qu'elle ne se rappelle pas avoir voulu faire grincer. Elle n'avait encore jamais rien connu d'aussi humiliant que d'être ainsi emportée loin de l'ennemi ; même maintenant elle n'a pas réussi à en tirer la pleine leçon. Oui, il fallait mieux planifier les itinéraires, mieux anticiper les menaces... mais ce n'était pas son rôle ! Ç’aurait dû être celui de ses frères ! Elle, elle n'est... elle n'était... qu'un capitaine d'avant-garde...

Brutalement, comme il lui arrive de plus en plus souvent, elle rejette la faute sur son père. Pourquoi soutient-il tant la maison royale qu'il en laisse ses enfants mourir pour satisfaire la volonté de Maethelburg ? Cette alliance avec les Nains - dont par ailleurs elle n'apprécie guère la compagnie -, ou quelle que soit la façon dont il faut l'appeler, vaut-elle tous ces sacrifices ?
Au fond d'elle Muireen sait que ses récriminations sont égoïstes, sinon puériles. Mais elle ne peut pas s'en empêcher, pas quand le sang de sa famille est à peine sec dans les montagnes.

Du doigt elle effleure les poils drus de la pelisse drapant ses épaules. Son rêve, celui où elle voit un ours devenir roi... Dernièrement son seigneur n'a cessé de l'interroger au sujet de ce songe qu'elle fait pourtant depuis toute petite. Il la presse, même, et ce depuis que Birusmavi a été élu par l'assemblée. Son inconscient s'applique à faire un rapprochement qu'elle a du mal à saisir. Pensivement l'héritière se mord la lèvre et, équilibrant une nouvelle fois son paquetage, prend la direction de son domaine avec une détermination renouvelée.

*
* *

« C'est stupide », songe-t-elle en repoussant le vieux vélin sur la table.

Cela fait des heures que Muireen s'est enfermée dans la salle maigrement approvisionnée des archives de sa famille. C'est un caveau où il règne en permanence une atmosphère fraîche mais sèche, propre à préserver les parchemins qui prennent la poussière dans leurs alcôves. Il lui a fallu un long moment pour trouver les indices qu'elle cherchait, l'obligeant parfois à recouper certains textes, s'esquintant les yeux à la chiche lumière de sa chandelle pour en déchiffrer les glyphes presque effacés.

« Complètement stupide. »

Ses recherches ont peu à peu cerné des éléments de... réponse, quelle que puisse être sa question. Et ces éléments mènent tous aux Béornides. Le peuple de Béorn, le sang des change-peaux. Comment un ours pourrait-il être roi s'il n'est pas humain de temps à autres ? N'est-ce pas là l'explication de son rêve ?
La nordique se fend d'un rire argenté, confondue par sa propre crédulité.

« Au moins tu t'amuses bien. Je n'aurais jamais cru qu'on puisse rire en ce lieu déprimant. »

La voix un peu rauque qui s'élève dans son dos coupe son hilarité. Elle ne se retourne pas, se contentant de hausser les épaules.  

« Vous avez accueilli mon retour avec bien de la lassitude, père. Ça ne m'oblige pas à faire preuve de la même morosité : je rirais si cela me plaît. »

C'était de l'insolence, oui. Muireen était ainsi.

« Ne confonds pas mon deuil avec de la colère. Je n'ai aucun grief contre toi. »

Comme pour prouver ses dires, le maître de Crate s'avance et pose une main sur l'épaule de son unique enfant survivante. Celle-ci réprime son envie de l'en chasser et se compose un masque qu'elle croit impénétrable ; son vieux père le déchiffre sans mal.

« Alors, quel est le sujet de tes recherches pour avoir raté l'heure du goûter ? Si je me souviens bien, tu étais prête à menacer ton professeur pour avoir ta part de gâteaux au miel... »

Tout en souriant dans sa barbe, nonobstant la grimace de Muireen, il se penche de manière à étudier les papiers que sa fille a rassemblés. Ses sourcils broussailleux et enneigés se rapprochent.

« Les Béornides... alors tu sais. »
« Qu'est-ce que je sais ? » Elle sourit à son tour, un peu mauvaise, devant l'expression de Cathalain. De la surprise d'abord, puis de l'exaspération d'avoir parlé trop vite. « Ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Je n'aurais de cesse de vous harceler que vous vous soyez expliqué. »
« Je sais, tu tiens bien de ta mère » ronchonne-t-il en retour avant de prendre un siège, lequel émet des craquements de protestation.

Muireen écoute longuement le récit tout d'abord hésitant, comme si l'homme avait encore du mal à y croire lui-même. Il lui relate comment Birusmavi a fait couler le sang de la maison Frigen avant l'assemblée des seigneurs ; et comment il a révélé sa nature de change-peau. Il prend alors de l'assurance et dans les paroles du vieux-guerrier se fait entendre une inflexible résolution. Maethelburg doit régner pour ramener sa grandeur au royaume du Nord.

« Vous pensez que le monstre de mon rêve est celui qui règne à Maethelburg ? » murmure Muireen à la conclusion de son histoire, secouant la tête d'incrédulité. « Les hommes-ours sont une légende... »
« Dans les archives que tu as consultées sans doute as-tu noté que sa lignée remontait à celle de Beorn - oui, ce Beorn-là. La légende est revenue à la vie, ma fille. Je l'ai vue comme je te vois, et les autres chefs de clan aussi. Le doute n'est pas permis. C'est un signe que la magie revient, un signe que nos terres peuvent redevenir ce qu'elles furent jadis ! »

Elle l'écoute, troublée par la ferveur de son géniteur. Lui d'ordinaire si pragmatique s'exprime comme si ses rêves d'enfant se réalisaient sous ses yeux. Et peut-être est-ce le cas ?
N'osant le contredire mais doutant que les choses soient si simples, elle promène son regard sur les lieux sans les voir. Son interlocuteur pose alors sa grande main sur la sienne, où elle disparaît complètement.

« Je sais ce que tu penses, Muireen. Qu'un vieux fou a saigné sa maison pour suivre les directives d'un roi qu'il croit légendaire. »
« Il y a un peu de ça. » Elle tente de badiner mais le sourire qu'elle esquisse est crispé.
« Je regrette autant que toi la mort de tes frères. Et je ne suis pas davantage un grand partisan de l'alliance avec les Nains... mais si Neithan pense que c'est ce dont nous avons besoin, alors je le suivrai. Il est jeune, trop pour assumer seul la tâche dont il s'est chargé ; et elle prendra sans doute de longues années. Mais songe, songe que le royaume pourrait se relever, défier l'Empire et se tenir debout seul ! Cela ouvrirait à notre peuple un avenir radieux. Pas seulement à nous, pas seulement à notre clan, mais à tous les Northmen ! »

Il ponctue sa déclaration d'un poing sur la table qui la fait ciller. Elle a du mal à partager l'enthousiasme de Cathalain, à voir en son roi le sauveur qu'il annonce. Ce serait pourtant une belle justification à ses malheurs, une raison au deuil de ses frères et de sa liberté de cadette. Est-ce le destin qui exige d'elle ces sacrifices, ou bien se leurre-t-elle comme une idiote ?
Muireen scrute le visage de son seigneur. Elle n'y lit que la foi et la détermination, mais pas de la stupidité. De l'espérance - pas de l'aveuglement. Alors elle soupire et se lève.

« Où vas-tu ? »
« Et bien, j'imagine que puisque je serai amenée à diriger cette maison et à renouveler le serment des Crate à Maethelburg, il serait bon que je vois ce Birusmavi de mes propres yeux, ne croyez-vous pas ? »
« Cela risque d'être un peu compliqué. Il a disparu peu après son élection à l'assemblée. »
« Un roi ne disparaît pas » marque-t-elle, sarcastique.
« Celui-là, si » réplique son père en haussant une épaule. « Je me souviens encore comment son père a dû se résigner à le voir vadrouiller à son gré un peu partout dans le Rhôvanion. Mais j'ai entendu dire qu'il se préparait à marcher aux côtés des Nains, et tu sais ce qu'ils veulent. »
« Oui, je sais. » Muireen chasse le désagréable pressentiment qui remonte son échine. « La Moria. »







Apparence

Muireen est une fille du Nord, de la racine de ses cheveux au bout de ses ongles : solide et vigoureuse, elle embrasse l'existence rude qu'est la sienne avec une débordante joie de vivre, quand bien même cette joie peut revêtir des accents parfois violents. Les épreuves ont dessiné les muscles jouant sous sa peau pâle, que les errances au grand air n'ont cessé de souligner. Elle arbore une crinière de rouquine longue et épaisse, qu'elle discipline sans faute à chaque petit matin à l'aide d'un peigne d'os qui lui fut offert dans sa tendre enfance. Lorsque la fantaisie l'en prend elle aime y glisser les minuscules perles de sa mère, mêlant des éclats de nacre à ses reflets sanguins. Des taches de rousseur constellent son visage et ses membres comme si, petite, on l'avait éclaboussée de gouttelettes de bronze en fusion ; les moues expressives qui animent ses traits les rendraient presque vivantes.

Elle a la frimousse pleine et anguleuse de ceux auxquels on prête un fort caractère, l'impression renforcée par son menton volontaire et son nez un peu fort, au léger retroussement mutin. Ses yeux au brun si clair qu'il en a des reflets fauve se plissent aisément de colère et, avant chaque compétition ou bataille, Muireen les souligne d'un mélange de suie et de graisse qui accroît leur tonalité orageuse. Ses mimiques font tressaillir les fines mais profondes cicatrices creusant sa joue droite, trinité de griffures renvoyant à la lacération de couteau qui se trouve sur celle de gauche. Elle tempère la sauvagerie de son visage d'une paire de boucles d'oreilles, en or ou argent massif selon son humeur. Ce sont des bijoux généralement simples, de petits disques de métal frappés de l'emblème des Crate.

Au quotidien l'héritière aime se vêtir de façon assez simple, préférant les frocs solides aux jupes et les tuniques matelassées aux corsets. Sa silhouette athlétique aux seins menus s'en trouve encore plus proche de celle d'un garçon manqué, son unique autre concession à la féminité étant une discrète bague de bronze passée à l'index qui manie l'épée. Il n'est pas rare de voir ses épaules alourdies d'une pelisse que, ce que certains trouveraient étonnant, on jurerait arrachée à la dépouille d'un ours. Muireen complète ordinairement sa tenue d'un plaid à deux couleurs barrant sa poitrine, le mauve et rouge de sa famille.
Tempérament

Muireen est une personnalité complexe qui laisse souvent un sillage d'avis divergents à son sujet. À Vert-Bois, nombreux sont les anciens à la considérer d'un œil indulgent ; la fougue qui l'anime leur est un écho plaisant de leur propre jeunesse, alors que d'autres s'agacent de l'obstination têtue dont elle fait preuve en toute circonstance - même dans l'erreur. Sa témérité, si on peut la railler en arguant qu'elle a grandi parmi sept frères, force toutefois un certain respect. Il en est pour jurer qu'elle ne craint aucun homme et aucun dieu, alors que d'autres estiment plutôt qu'elle a depuis longtemps appris à cacher ses peurs derrière un vernis d'audace.
L'audace, c'est bien ce qui l'a poussée dans chacune des épreuves que la vie lui a infligée. C'est aujourd'hui une jeune femme rusée sinon retorse dans l'adversité, et elle incarne plutôt bien l'emblème de son clan ; à l'image de la belette des Crate, elle est certes plus petite que nombre de ses ennemis, mais compense en hargne et en vices la stature qui lui fait défaut.

Muireen n'a finalement pas grand-chose de la dame noble qu'on voyait en elle à sa naissance : c'est une amoureuse des ciels ouverts et des plaines à dompter, préférant battre la campagne à dos d'alezan plutôt que se pencher sur les affaires de sa famille derrière un austère bureau. Ses premières chasses lui ont fait découvrir un goût pour le sang qu'elle a caché de son mieux, tout à la fois fascinée et mortifiée par ces sentiments ; ils se sont accrus dès ses seize ans lorsque son épée a pris la vie en une autre occasion que la traque des animaux. Sa férocité n'a cessé de se révéler avec d'autant plus de force que ses nuits se sont peuplées de songes fiévreux, lui renvoyant des images confuses de royauté et de guerre pour le Nord.

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« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


Chant d'adieu des guerrières de Crate


Dernière édition par Muireen Crate le Ven 14 Avr - 22:08, édité 16 fois
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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Jeu 13 Avr - 21:02

Ceryyyyyyyyyyys ! Very Happy

Bienvenue à toi, j'espère que tu te plairas ici !

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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Jeu 13 Avr - 22:55

Bienvenu parmi nous ! Smile
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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Ven 14 Avr - 1:22

Officiellement bienvenue Very Happy
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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Ven 14 Avr - 14:35

Bienvenue!
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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Ven 14 Avr - 22:09

Merci à vous !

Fiche complétée (ouf). Un peu longue j'en conviens, mais je n'ai pas pu m'en empêcher... Bonne lecture !

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« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   Ven 14 Avr - 22:49

C'est parfait, je te valide Wink
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MessageSujet: Re: Muireen, fille de Crate (Terminée)   

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Muireen, fille de Crate (Terminée)
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