Le Seigneur des Anneaux RPG : Mille Ans Après
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 [Event Moria] Entrevue avec un Magicien

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MessageSujet: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Dim 16 Avr - 20:05

Cela faisait bien longtemps que les landes orientales au pied des Monts Brumeux n'avaient accueilli tant d'âmes en même temps. Les armées unies des hommes du Nord et des Nains de Durïn campaient au seuil des montagnes, fortes de quelque vingt milles têtes, tandis qu'une troupe réduite quoique de rang royal s'en était allée en direction de l'austère repaire du maître de ces terres - Wrag Marshorn. Muireen n'avait pas été invitée à la délégation et elle en avait secrètement éprouvé une pointe de soulagement, encore mal à l'aise avec son statut récent d'héritière du clan mineur de Crate. Elle avait toujours été bien trop amoureuse de la liberté pour considérer d'un bon œil les responsabilités, fussent-elles aussi minimes que se tenir dans l'ombre de Birusmavi pendant qu'il amadouait l'irritable seigneur des Champs-aux-Iris.

À l'inverse, c'est avec un soupçon de joie sauvage qu'elle avait accueilli la nouvelle qu'un soldat arborant les couleurs sinistres du crâne couronné de Maethelburg lui avait apportée : elle serait envoyée sur le versant Est de la Moria avec les éclaireurs Northmen au point du jour. L'idée de se confronter au terrain ennemi la distrayait de ses tracas de succession, faisant naître une excitation trépidante dans son ventre. En conséquence, toute personne sensée se serait retirée le soir venu afin de profiter d'un dernier repos avant cette mission périlleuse ; au lieu de ça, Muireen s'était jointe à la veillée de ses hommes.

Ou de ses femmes. Son clan ne s'était séparé que de quelques centaines de combattants, une force minime en comparaison de certaines des maisons dont la bannière s'était jointe à l'ost royal : mais sachant que la fougueuse fille de Cathalain les mènerait, nombreuses furent celles à prendre les armes à sa suite sans laisser qui que ce soit leur contester la place. Les hommes respectaient son intrépidité, mais c'était pour son juste balancement entre férocité et humanité que ses guerrières l'aimaient.

C'est donc dans un coin du vaste campement militaire que se dressaient les tentes mauves et rouges des filles de Crate, les feux enterrés de manière à soustraire leur éclat aux yeux lointains baignant leurs visages d'ombres dansantes. Beaucoup, à l'instar de Muireen lorsque l'appel de la guerre se faisait sentir, soulignaient leurs yeux d'un mélange de cendres et de graisse qui donnait une tonalité orageuse à leur regard. Elles se mordaient les lèvres jusqu'au sang, les rougissant sans besoin d'aucun fard. Si certaines étaient parties dormir à la tombée du crépuscule, nombreuses étaient celles assemblées dans un large cercle, assises en tailleur ou sur divers reliefs - rochers, barils et charrettes. Leur maîtresse était parmi elles.

Et elle chantait.

C'était un chant un peu lancinant dans la vieille langue du Nord, que la voix ferme de Muireen portait aux cieux avec des accents farouches. Son peuple lui répondait alors sur le même ton, dans un chœur un peu sombre dont l'écho planait bien au-delà des limites de leur concile et s'étendait aux tentes de leurs voisins. Quelques-unes battaient une sourde mesure, les plus chanceuses sur un petit tambour, les autres sur les boucliers ronds que le clan de Crate affectionnait.


Parfois, l'une des chanteuses s'interrompait pour murmurer un prénom ou soupirer, avant de reprendre au moment opportun. Cela ne semblait pas déranger quiconque, comme si le phénomène faisait partie de la mélopée.
Muireen laissait vagabonder ses yeux sur l'assistance et les alentours ; d'un brun si clair qu'il en prenait des lueurs fauve, ils semblaient couver des susceptibles cendres d'une colère qui ne s'éteignait jamais tout à fait. C'est toutefois d'un intérêt non-dissimulé qu'ils brillèrent en s'arrêtant sur une silhouette se promenant dans les allées grossières du campement.

Radagast était un personnage qui lui était mystérieux. Chamane, oui, cela elle le savait ; mais les circonstances de son arrivée s'étaient répandues comme une traînée de feu dans une plaine d'herbe sèche. On disait qu'il avait changé la flèche d'une sentinelle en jeune pousse ; on disait qu'en fait de jeune pousse c'était désormais un bosquet d'arbustes qui montait la garde là où s'était tenu le soldat. On disait aussi qu'il pouvait vous changer en grenouille, en bourdon ou toute autre créature de sa fantaisie. En fait, on disait un peu tout et n'importe quoi, ceux qui s'amusaient à lui prêter de fols pouvoirs étant au moins aussi nombreux que ceux arguant que les Magiciens ne résidaient que dans les contes de fée, parmi les licornes et les Balrogs.

Muireen, elle, ne prêtait pas foi aux racontars sur les pouvoirs d'antan. S'ils avaient jamais existé, et bien, ce n'était sûrement plus le cas ; pourtant chaque fois qu'elle pensait ainsi les paroles de son père, dont elle avait hérité le pragmatisme et le caractère bien trempé, lui revenaient en mémoire.

« La légende est revenue à la vie, ma fille. Je l'ai vue comme je te vois, et les autres chefs de clan aussi. Le doute n'est pas permis. C'est un signe que la magie revient, un signe que nos terres peuvent redevenir ce qu'elles furent jadis ! »

Elle ne se rappelait que trop bien la ferveur qui l'avait alors animé, la foi profonde qui avait vibré dans ses propos. Le vieux Cathalain Crate n'était pas homme à croire aux contes de fée mais bien à ce que ses yeux encore perçants voyaient. Et malgré leurs différents, Muireen croyait en son père.

Elle interrompit son chant, hélant le vagabond avec de grands mouvements du bras. Une autre reprit son rôle, menant la ballade.

« Maître Radagast ! Par ici ! »

Elle se leva à demi afin de mieux se signaler. Lorsqu'elle se fut assurée de son attention elle l'invita par gestes à la rejoindre auprès des feux ; refuser était bien entendu une option, à supposer que le druide ne soit pas d'humeur à chercher la compagnie d'autrui, mais cela aurait vexé toute la troupe. Quoi qu'il en soit, Radagast se dirigea vers la jeune femme et on s'écarta autour d'elle afin de laisser de la place pour l'ancêtre, au plus près du brasier. C'était qu'il était connu, celui que d'aucuns désignaient comme le vieux sage - ou le vieux fou - de Rhosgobel. Et puis c'était un ancien, un homme qui avait vécu, aussi lui devait-on une certaine déférence. L'une des guerrières, ayant attendu qu'il prît place, lui proposa l'épais bouillon brûlant de légumes cuits qu'on avait servi ici plus tôt dans la soirée, accompagné d'une chopine de bière éventée.

« Je suis Muireen » se présenta sommairement son hôte, élevant un peu la voix pour couvrir le chant ambiant. Un éclat malicieux brilla au coin de ses yeux. « Et honorée de rencontrer celui qui, dit-on, a d'un geste transformé une flèche en bosquet. Était-ce là l'un de vos tours de chamane ou bien les gardes du roi ont-ils trop bu aujourd'hui ? »

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« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


Chant d'adieu des guerrières de Crate
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Lun 17 Avr - 17:51

« Voici, vous continuez dans cette allée et vous tomberez sur votre tente, elle sera sur votre droite, juste à côté du grand pin. Nous avons fait en sorte que la demoiselle Azalée soit votre voisine. Je dois à présent vous quitter, d’autres tâches m’attendent. »

Radagast s’apprêtait à remercier son guide et à prendre congé mais celui-ci sembla hésiter puis ajouta, sur un ton un peu curieux que l’Ista peinait à saisir :

« Oh et… à propos… En fait, vous vous trouvez à côté des tentes du Clan Crate et… Ne soyez pas choqué, je sais que c’est étrange – beaucoup s’interroge sur la décision du Roi – mais… Ceux sont des femmes.

– Des femmes ? l’interrogea Radagast, surpris.

– Oui ! Des femmes ! et elles veulent combattre, comme des hommes ! Cela me rassure qu’un Ancien comme vous le désapprouve également et, d’ailleurs, si… »

Sur cette remarque, le Magicien arrêta la diatribe à peine entamée du soldat en riant doucement et répondit :

« Oh, ne vous méprenez pas sur ma pensée, mon brave, leur sexe m’affecte peu, je suis simplement surpris qu’il n’en soit pas de même pour vous. A dire vrai, cela m’est même curieux de ne pas voir davantage de guerrière ici. J’ignorais qu’il fallait être un mâle pour savoir de quel côté tenir une arme aussi simple d’usage qu’une épée. »

Décontenancé, le soldat tenta de défendre maladroitement son parti mais sa culture lui avait rendu la chose si évidente qu’à dire vrai, il ne s’était jamais interrogé et se trouvait pris de court au moment où toute une tradition se trouvait discutée.

« Mais… Ce n’est pas leur place, les femmes n’ont pas à faire la guerre, elles n’y entendent rien et…

– Allons, allons, ne vous empourprez pas pour si peu. Si vous êtes persuadés de la justesse de votre cause, cessons d’en discuter et allez donc tirer l’épée contre leur chef afin de lui faire entendre raison et de lui inculquer quelqu’une de vos bonnes leçons. Je suis sûr que la question de leur aptitude à combattre sera alors vite tranchée et de la manière la plus éloquente. »

Il n’était peut-être pas le plus habile des orateurs et certainement un bien moindre meneur que Mithrandir ou Curinir mais son bon sens était au moins aussi affûté que le leur et le Magicien Brun savait qu’il venait de frapper mortellement l’a priori du Northman. Il s’agissait à présent d’asséner la morale qui, l’Ista l’espérer, resterait longtemps nichée au creux de sa pensée.

« Ne soyez donc pas si prompt à dispenser sentence et jugement sur les qualités d’un être à son seul aspect, les araignées les plus ravissantes sont souvent les plus mortelles et pas une lionne ne cèderait de terrain, fût-ce face au lion le plus brave. »

L’Ista laissa là le soldat et ses certitudes en ruine pour continuer seul son chemin. Cette façon dont les Edain avaient de se rassurer en transformant la moindre de leurs habitudes en loi immuable de la Nature l’amusait toujours beaucoup, de même leurs visages stupéfaits lorsque l’un de ces piliers venaient à s’effondrer le plus simplement du monde.

La joie de cet échange ne fut pourtant pas d’une très longue durée. Rapidement, la pensée des jours à venir lui vint et elle obscurcit son humeur aussi certainement que le faisait l’orage dans le ciel estival. Il était si profondément occupée à sa morne réflexion qu’il faillit manquer la femme qui hélait après lui et se rendit soudain compte du chant qui emplissait l’air.


« Maître Radagast ! Par ici ! »

Maître ? Voilà bien un titre dont on l’avait peu affublé jusqu’ici. L’Ista répondit à l’invitation par un signe de tête, il venait, et tandis qu’il avançait parmi les dames du Clan Crate, il murmurait pour lui-même : « Comment disent les Northmen déjà ? Quand on parle du renard, on en voit la… Non, pas le renard. C’était pas le renard. Enfin soit ! » Il sourit à la guerrière qui lui cédait sa place et s’assit. Il prit un instant pour écouter le chant qui l’environnait, un instant qui dû paraître long à la jeune femme qui lui tendait les plats car il fut incapable, après lorsqu’elle prit fin, de dire combien de temps s’était prolongé sa rêverie. Il prit alors conscience d’elle et lui répondit sans hausser le ton pour ne pas troubler la litanie :

« Vous êtes fort aimable mais je sors de table et je ne mange jamais plus qu’à satiété ; se goinfrer ne repousse pas plus avant le moment d’avoir faim mais nous oblige trop souvent à percer de nouveaux trous notre ceinturon – et j’aime mon ceinturon comme il est. Mais je prendrai volontiers de votre houblon, j’ai comme l’impression que nous allons beaucoup parler et je sens déjà la soif poindre. »

Il allégea donc le fardeau de la guerrière d’une chope et posa par la même occasion son bâton en travers de ses genoux, se cala confortablement sur la souche qui lui avait été prêtée et alla trouver le regard de son hôte.

« Je suis Muireen. Et honorée de rencontrer celui qui, dit-on, a d'un geste transformé une flèche en bosquet. Était-ce là l'un de vos tours de chamane ou bien les gardes du roi ont-ils trop bu aujourd'hui ? »

Radagast ne manqua pas l’éclair de malice. Il l’avait compris en voyageant avec Azalée, l’âge était à la suspicion et au doute. Il l’avait senti en quittant le bosquet du vieux Bombadil, l’ancienne magie s’était tarie et même ce tour simpliste qu’il avait joué à la sentinelle lui avait coûté plus qu’il n’aurait dû. Il sourit à son interlocutrice, amusé de la légende dont il faisait l’objet, et lui répondit sur un ton au moins aussi curieux que le regard qu’elle lui adressait :

« Je suis aussi ravi que vous êtes enchantées. Vous faîtes l’objet d’au moins d’autant de rumeur que moi et je dois dire que j’ignore qui effraie le plus le reste de cette armée. Pourtant, vous me surprenez, Muireen, il marqua une légère pose en goutant à la bière et reprit, il semble que vous soyez plus inquiète de savoir si je puis vraiment faire d’un bois mort un bosquet plutôt que de ce que votre Roi soit vraiment capable de se changer en bête sauvage ; ce n’est pourtant pas en moi que vous devez avoir le plus foi, je me trompe ? »

Il fallait croire que le courant se trouvait dans l’air ce soir-là car un éclair malicieux passa de nouveau, cette fois dans les yeux du vieillard souriant.

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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Jeu 20 Avr - 17:35

Qu'on associât son roi à une bête sauvage, bien que ce n’eusse probablement pas été l'intention réelle de Radagast, suscita une vive irritation chez Muireen ; elle se rappela aussitôt qu'elle en faisait autant en pensées, désignant Neithan ainsi plus souvent qu'à son tour, et son agacement à l'encontre de son hôte s'évapora aussi vite qu'il était venu. Ayant intercepté la gamelle de soupe qu'il avait repoussée, elle en remua le contenu fumant avec l'expression absorbée que les mots soigneusement choisis du vieillard avaient amenée sur son visage lacéré. On la connaissait pour sa gourmandise.

« Oui. Peut-être. Je ne sais pas », avoua-t-elle avec une totale franchise.

Instinctivement, elle sentait que son interlocuteur ne s'impliquerait pas dans la politique mouvementée du royaume du Nord, qu'elle pouvait donc devant lui se permettre de ne pas être la noble qu'autrement on attendait qu'elle soit. Et en même temps qu'il s'y impliquerait. Tout comme, d'après les archives qu'elle avait récemment compulsées, les Magiciens de jadis étaient de ce monde et ne l'étaient pas.
Rien de ce qui avait trait à la magie n'était jamais simple. Elle poussa un soupir à fendre l'âme, se réconfortant d'une cuillerée de légumes bouillis.

« Que savez-vous de vos prédécesseurs ? » s'enquit-elle en achevant de déglutir, sacrifiant un peu les règles de la bienséance à sa curiosité subite.

Elle faisait référence aux Istari de naguère. Muireen était de l'avis que si de grands pouvoirs avaient jadis brillé, ce n'était désormais plus le cas : si son père n'avait été lui-même témoin de la métamorphose de Birusmavi, elle aurait eu tendance à croire que ces histoires de change-peau n'étaient que des manœuvres de Maethelburg pour renforcer sa légitimité en cette ère troublée. « Voilà que je me mets à penser comme une courtisane. Dieux ! je hais tout ceci. » Quant au tour de Radagast à son entrée dans le camp, elle ne savait trop qu'en penser. C'était un druide et sans doute les druides pouvaient-ils accomplir des passes-passes de ce genre à leur gré, mais rien qui ressemblât aux exploits des légendes presque oubliées.

Autour d'eux, le chant faiblissait et les voix se laissaient peu à peu retourner au silence. On rajouta du bois en pâture aux flammes, lesquelles crépitèrent de plaisir.

« Je sais que vous portez le nom de l'un des Magiciens d'antan » affirma Muireen avec plus d'assurance qu'elle n'en ressentait vraiment. « Êtes-vous son descendant ou quelque chose dans ce goût-là ? Je songeais que la tradition orale avait pu vous transmettre, dans votre famille, nombre de récits que je n'ai pu découvrir dans les archives de mon clan. »

Elle ne précisa pas que ce n'étaient pas les Magiciens qui l'intéressaient lorsqu'elle avait mis le nez dans le caveau familial abritant les parchemins poussiéreux remontant à l'Âge précédent, ni qu'elle avait été immensément déçue de leur pauvreté. Quoique peut-être une ombre de sa déception passée pouvait se deviner sur ses traits.

Soudain, l'une des guerrières assises derrière le chamane prit la parole. Sa cuirasse de cuir décorée de fines gravures semblait plus légère que celle de ses camarades et ne comportait aucun renfort métallique. Dans l'éclatante insolence de sa jeunesse, elle n'arborait pas la moindre cicatrice alors même que les balafres étaient plutôt courantes parmi les guerrières s'étant jointes à l'ost royal. Elle ne portait qu'un court glaive pour l'heure déposé à ses pieds et un petit luth de voyage renvoyait la lumière des flammes entre ses mains. Elle en pinça les cordes pour ajouter un contrepoint à sa voix : son nom était Caireann et elle était une amie chère à Muireen.

« C'est que, voyez-vous, notre maîtresse est d'un scepticisme agaçant ; croiserait-elle l'amour de sa vie dans un couloir qu'elle n'y verrait qu'un amant » rima-t-elle d'un timbre mélodieux, une lueur amusée au fond de ses yeux verts. « Elle préfère fixer son épée, son bouclier, un peu d'acier plutôt que la vérité à peine cachée des siècles passés. »

On aurait pu croire, en l'écoutant, que Caireann était prête à entonner un chant au détour du moindre mot. Elle rejeta avec emphase son épaisse chevelure qui, à l'instar de la Crate, était d'un roux profond. Cette dernière, passablement vexée par l'intervention de la barde de sa troupe, présenta l'intervenante et le druide d'un ton peu amène. Des sourires de connivence fleurirent aux alentours, disparaissant comme par enchantement sous le regard vexé de l'héritière.

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« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


Chant d'adieu des guerrières de Crate
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Jeu 20 Avr - 20:39

La question du Magicien avait fait mouche et son hôte trouva refuge au fond de son auge dont elle touillait tranquillement le contenu comme s’il allait, subitement, lui révélait quelques mystères sur l’existence des choses. L’embarras de Muireen amusait beaucoup le vieillard et cela devait se voir aisément dans son regard. A vrai dire, il aimait ce genre d’estocades parce qu’elles étaient le début, le plus souvent, d’une profonde réflexion et précédaient de peu la démonstration d’un génie propre aux gens exceptionnels. Réfléchir sur le monde, en outre, était sa principale activité depuis les prémisses de ce millénaire, de fait, pouvoir mettre à profit ces réflexions donnaient quelque part à sens à ses égarements – bien que sa présence dans ce camp au milieu d’un tel peuple était en soi un début de réponse.

Il laissa la dame rousse sortir de ses pensées et découvrit – sans surprise, que biens d’autres questions lui brûlaient encore les lèvres. Radagast écouta attentivement celles-ci, la question posée donnait souvent réponse sur celui, ou celle en l’occurrence, qui la soumettait. Le Magicien Brun avait rencontré la même obstination chez les Hobbits d’Imladris, ce même besoin de mettre à distance le merveilleux du passé pour en faire le plaisir ou la fantaisie d’un auteur épique désireux de sublimer son sujet. Il avait failli s’étouffer lorsque, au détour d’un récit de la Guerre de l’Anneau, il avait trouvé une note liminaire faisant d’Olórin, ou plutôt de Mithrandir : « l’incarnation du courage de l’Ouest de son espoir dans le récit épique mais certainement pas un individu réel et ayant existé. » La Magie avait à ce point quitté Endor qu’elle en était devenue l’artifice des poëtes et des ménestrels et, pour être honnête, Radagast était bien incapable de savoir s’il fallait s’en réjouir ou le regretter. Enfin, si la dame était sceptique, elle n’en était pas moins brillante et demandait à l’Istar toute son attention pour ne pas trop en dire sur qui il était, lui qui était assez vieux pour se souvenir des conseils de Círdan.


« Que savez-vous de vos prédécesseurs ? Je sais que vous portez le nom de l'un des Magiciens d'antan. Êtes-vous son descendant ou quelque chose dans ce goût-là ? Je songeais que la tradition orale avait pu vous transmettre, dans votre famille, nombre de récits que je n'ai pu découvrir dans les archives de mon clan. »

Comme le soleil perce les nuages et sauve le vagabond transis de froid en lui offrant de sa chaleur, une femme, suffisamment jeune encore pour qu’on l’appelât parfois une fille, sortit du rang et pris le relai du chant disparu. Elle fit teinter les cordes de son instrument et entonna quelques vers piquants à l’adresse de celle à qui allait sa loyauté. Radagast n’était au milieu de ces femmes que depuis quelques instants mais déjà il sentait son cœur s’attendrir pour leur nature si singulière au milieu de ce camp immense.

« Et ne le préférez-vous pas ainsi, jeune Caireann ? Ou peut-être auriez-vous voulu qu’elle s’entichât du premier mâle en âge de s’adonner aux jeux amoureux et qu’elle délaissât épée et bouclier pour se tenir loin de tous les combats de votre temps ? Je pense qu’alors, vous auriez eu bien peu de grands exploits à chanter. Il sourit à l’impertinente, coiffée de toute l’insolence de sa belle jeunesse, et se tourna à nouveau vers celle qu’il venait à l’instant de défendre pour répondre aux questions qui avaient été laissées en suspens. Ce serait de ce goût-là. Dire que je ne suis pas celui de vos légendes ne me semble pas mentir, ni même dire que ne je ne suis pas celui de cet époque, quand bien même nous parlerions du véritable Radagast. Le monde a changé et lui aussi. Les Magiciens vinrent au nombre de cinq en ces terres et seulement le Gris Pèlerin, parmi eux, s’illustra dans les Batailles de jadis. Des autres, les archives d’Imladris même, pourtant parmi les plus précieuses de l’Ouest, ne font que peu mention – ci ce n’est de Saruman qui trahit la cause des Hommes et prêta serment à l’ennemi.

Qu’espériez-vous trouver en remuant les récits du passé ? Peut-être ai-je lu dans les bibliothèques de la Première Maison Simple des Periannath quelque manuscrit qui saurait répondre aux questions que vous vous posez. La nuit est à peine entamé et peut-être aurions-nous l’occasion de trouver ensemble au moins un début de réponse. Mais avant cela, auriez-vous de quoi remplir le canon d’une pipe ? J’ai dû laisser ma besace aux gens de votre armée lorsque je me suis rendu au repas du Roi et cette dernière se trouve à présent dans ma tente, de même que mes feuilles de Longoulet qui s’y cachent. »
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Jeu 20 Avr - 22:07

Muireen était un mélange de bien des choses. Presque un seigneur, une guerrière, une jeune fille. C'est cette dernière facette de son identité qui s'exprima lorsque, par-dessus l'épaule du Magicien retournant contre Caireann sa propre verve, elle adressa à la musicienne un sourire triomphal bouffi de puérilité. Son expression semblait vouloir dire : « Bien fait pour toi » et si la destinataire s'en aperçu alors elle fit mine de ne pas relever, accueillant la gentille réprimande de leur hôte d'un gracieux acquiescement.

L'héritière ne pouvait s'empêcher d'éprouver un pincement de jalousie en remarquant combien, en toute circonstance, sa chère amie pouvait paraître si digne et maîtresse de ses réactions. Elle-même était un condensé d'impulsivité et de susceptibilité.

D'ailleurs, les réponses pour le moins sibyllines du druide l'exaspéraient. Les voix alentours étant retournées à de paisibles conversations, elle s'abîma un instant dans la contemplation du brasier ronflant à ses pieds.

« Dire que je ne suis pas celui de vos légendes ne me semble pas mentir »
« Sous-entendez-vous qu'il y a une part de vérité dans cette affirmation ? » songea-t-elle, répondant en son for intérieur à l'écho de la voix de Radagast.
« ... quand bien même nous parlerions du véritable Radagast. Le monde a changé et lui aussi. »
« Il parle de lui au présent. »

Les yeux de Muireen revinrent à ceux du chamane et elle le fixa avec une intensité non-déguisée, comme si elle espérait littéralement percer au travers de ses faux-semblants. Son cœur lui disait qu'il n'était pas un vieillard se donnant des airs d'importance et que ce n'était pas un caprice d'ancien qui l'avait poussé sur le chemin de l'armée réunie des hommes du Nord et des Nains de Durïn.

Elle détestait les mystères et l'incertitude. Au moins, dans la fureur des combats, tout était limpide.

« Qu’espériez-vous trouver en remuant les récits du passé ? »
« Oui, qu'espérais-je en effet ? » Si elle n'avait eu peur de passer pour dérangée, Muireen aurait éclaté de rire. Même maintenant, le grincement de ses certitudes ébranlées par les maigres découvertes des jours précédents - maigres en regard de toutes ses interrogations - l'énervait et la faisait se sentir comme une pauvre ignorante du monde dans lequel elle vivait.

La jeune femme, d'aussi longtemps qu'on s'en souvînt, avait toujours réagi à la contrariété par la colère. Une colère qui, par ailleurs, n'abandonnait jamais tout à fait son regard aux nuances fauve.

« Je ne fume pas, mais peut-être que... »
« Tenez, cher invité, prenez ! Celles qui vont en guerre ne sont jamais désemparées » jaillit alors la voix harmonieuse de Caireann, ponctuée d'un accord gouailleur de son instrument.

La barde venait de pousser du bout de sa botte, de confection par ailleurs plutôt élégante, une sacoche devant le Magicien. Il y découvrirait à l'intérieur de quoi fumer, quoique le tabac n'égalerait probablement pas ce qu'il avait dans ses propres affaires. Muireen lorgna un instant le contenu, découvrant une carte écornée, un jeu de dés et un fer à cheval. Son expression se fit sévère en revenant sur la ménestrelle.

« Tu ne joues jamais aux dés, tu n'es pas superstitieuse et tu serais bien incapable de lire une carte dans le bon sens. À qui est cette sacoche ? »
« Tantôt nous avons invité un des vassaux du roi, allez savoir pourquoi dans l'après-midi il est parti laissant ses biens là. »

Un soupir échappa à la noble, simulant la fatigue. Des lueurs amusées animèrent les iris des parages ; elle devina sans mal que certains soldats avaient été invités dans leur campement et que ses guerrières s'étaient arrangées pour les mettre suffisamment mal à l'aise afin qu'ils détalent, en oubliant visiblement dans leur hâte certaines de leurs possessions. Elle voyait la scène d'ici : Caireann jouant les jolis cœurs, et les autres surgissant au dernier moment pour convaincre les guerriers qu'ils n'avaient rien à faire ici. Muireen n'avait rien contre ce genre de farces, sauf lorsqu'elle souhaitait éviter les incidents au beau milieu de l'ost royal. Elle ne voulait pas que les Crate passent pour des fauteurs de troubles.

Quoi qu'il en soit, par ce hasard malheureux, Radagast avait de quoi fumer.

« Ce que j'espérais y trouver. »

C'était un sujet qui lui était... sensible. Avec l'ombre d'un sourire peiné, la farouche descendante de Cathalain observa celles sous ses ordres. Son nouveau statut la conduisait à devoir montrer une image d'elle-même qui ne souffrait pas les troubles et les doutes l'assaillant pourtant. Devant elles, elle n'était plus libre. À cause du fait qu'elle soit l'héritière.
Et ça la blessait. Lui donnait envie de se rebeller, d'envoyer paître ses responsabilités. « Grands dieux ! Comment le roi supporte-t-il tout ça ? »

« Allons marcher » décida-t-elle d'un ton sans réplique.

Elle offrit son bras à celui qu'elle prenait pour un vieillard, non sans avoir d'abord étroitement resserré le baudrier sur sa taille. Elle s'éloigna ainsi du cercle de ses fidèles et gagna, d'une allure qu'elle calqua sur celle de son compagnon, l'extrémité du camp où les tentes se raréfiaient pour céder la place à des sentinelles auxquelles elle adressait un signe de la main, sans pour autant les connaître.

La nuit avançait sur le chemin des heures ; une nuit légèrement voilée, suffisamment pour obscurcir le clair de lune mais pas assez pour masquer les étoiles. Elle inspira l'air frais avec reconnaissance, l'imaginant emplir ses poumons d'une vigueur nouvelle. Muireen savait que, comme elle partait en éclaireuse au point du jour, c'était peut-être le dernier soir qu'elle voyait.

Cette idée ne l'effrayait pas vraiment. Sa main se porta à une petite outre suspendue à sa ceinture, sans qu'elle ne la débouche pour autant. D'ailleurs, pour ce qu'on pouvait en juger, le récipient semblait hermétiquement scellé : son liquide n'avait pas encore été goûté.

« J'ai cherché des réponses que je ne suis pas sûre d'avoir trouvées » rompit-elle soudainement son mutisme, aux abords du gigantesque bivouac de l'armée. « Pourquoi la magie revient-elle ? »

Ce disant, elle se retourna vivement vers le chamane. Ses prunelles auraient pu lancer des éclairs ; ainsi loin des siens, elle ne faisait plus d'effort plus dissimuler ses sentiments, qu'elle avait toujours pris l'habitude d'afficher.

« Pourquoi un roi tue-t-il ses ennemis sous la forme d'un ours ? Pourquoi, depuis enfant, est-ce que je rêve d'un ours allongé sur le trône du Nord ? Pourquoi est-ce que les orques descendent des montagnes jusqu'à sillonner erratiquement le Rhôvanion ? Pourquoi nous laisse-t-on croire à des contes pour enfants ? Mon père est un homme pragmatique qui n'a que faire des chimères et pourtant il est prêt à sacrifier ses enfants pour... pour une alliance avec des Nains ! »

Elle avait soufflé les derniers mots avec une pointe de fureur, les joues rouges. Le ton de sa voix suggérait qu'elle ne pensait guère de bien du fier petit peuple.

« Tout ça pour quoi ? Pour la lubie d'un roi ? Faut-il qu'il soit vraiment si exceptionnel... »

La guerrière rit sur les derniers mots, d'un rire douloureux et jaune.

Muireen secoua la tête, encore sous le coup de sa révolte et de son indignation. Il lui fallut un moment pour relever le nez vers son interlocuteur avec une expression désolée.

« Je n'aurais pas dû m'emporter devant vous. Excusez-moi : ça ne se reproduira plus. »

_________________


« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Sam 22 Avr - 17:53

Radagast soutint le regard de la jeune héritière des Crates sans surciller, un sourire au fond des yeux s’il ne l’avait au coin des lèvres. Elle chassait résolument la vérité et la manière dont sa proie se jouait d’elle, bondissant de côté chaque fois qu’elle pensait la saisir, semblait éveiller en elle une certaine hargne laquelle s’enflamma bien vite, devant une colère sans équivoque. Elle n’eût cependant pas encore l’occasion de la laisser s’exprimer :

« Je ne fume pas, mais peut-être que...
– Tenez, cher invité, prenez ! Celles qui vont en guerre ne sont jamais désemparées »

Le Magicien s’empara de la blague à tabac sans se faire prier, remerciant celle qui, décidemment, ne cessait de lui sauver la mise d’un geste et d’un large sourire. D’un mouvement de main habile, il fit apparaître une longue pipe de bois, laquelle était dissimulée jusque-là dans l’un des nombreux replis de sa robe, et il commença d’entamer le bourrage de son canon.

« Tu ne joues jamais aux dés, tu n'es pas superstitieuse et tu serais bien incapable de lire une carte dans le bon sens. À qui est cette sacoche ?
– Tantôt nous avons invité un des vassaux du roi, allez savoir pourquoi dans l'après-midi il est parti laissant ses biens là. »

La question du véritable propriétaire du sac ne chagrina pas un instant celui qu’on tenait pour druide, au contraire, cela l’amusa beaucoup et la fraicheur juvénile que dégageait les deux femmes l’aida à balayer le moindre remord avec d’autant plus de facilité. Il perdit alors un peu le fil des événements, tout absorbait qu’il était par la préparation de sa première pipe depuis trois jours – temps fort long, tous les vrais fumeurs de pipe vous le diront – et lorsqu’il redressa la tête, se fut pour constater que la Northman lui tendait le bras, l’invitant par-là à quelque déambulation nocturne. Le vieillard s’appuya sur celui pour se redresser, certes plus lourdement qu’il n’en avait en réalité besoin, et la toute à la ronde purent constater que la pipe avait disparue car un bras était occupé à tenir son bâton tandis que l’autre était posé sur le bras de la dame, le temps était décidément fort, fort long !

Le Magicien Brun marcha d’un pas tranquille et croisa de nombreux regards en chemin. Le tandem curieux qu’il formait avec la guerrière suscitait curiosité et surprise chez les hommes du Roi et, encore une fois, la chose l’incita à sourire beaucoup. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre la destination de l’héritière, elle l’emmenait aux abords du camp, loin de tous, en quête d’une relative intimité. Lorsqu’elle jugea qu’ils s’étaient assez éloignés des dernières sentinelles, elle abandonna son bras pour laisser éclater sa colère et laissait éclater à la sombre nuit la colère qui sommeillait en elle. Son regard fauve projetait des éclairs à la ronde, comme si elle s’apprêtait à raser le monde entier si cela l’eût aidé à comprendre et toute la fougue de sa jeunesse se libérer là avec toute la frustration que sa situation avait engendrée. L’orage passa et elle revint au calme, à la façon dont le tonnerre gronde furieux entre les cimes avant de disparaître soudain pour laisser rayonnait le soleil, et, alors qu’elle relevait les yeux non sans honte, elle eut certainement un peu de surprise à découvrir un Radagast plus affairer à l’allumage de sa pipe qu’à la toiser sévèrement. Celle-ci s’embrasa soudain, colorant son visage d’or et de bronze, et il tira quelques longues bouffées avant de parler à son tour.


« Gardez vos excuses pour les cours et les maisons des honnêtes gens, je ne vous tiendrais pas rigueur pour si peu, moi qui ne suis personne. Hé quoi ? Vous voudriez que je vous gronde pour être la seule personne à se poser les bonnes questions dans ce camp ? Oui, certes, j’entends bien que vous n’appréciez que peu la race des fils d’Aulë mais ça, je ne m’en inquiète guère, vous apprendrez à les aimer malgré toutes leurs bizarreries de Naugrim et toutes vos étrangetés de Northmen.

Vous soulevez là bien trop de problèmes pour que vous puissiez esquisser le moindre début de réponse. Je vous entends parler Magie, guerre et famille tour à tour, mais chacun de ces ennuis ne pourraient-ils faire l’objet d’une réflexion solitaire ?

Bon… bon… bon…
Il ponctua cette expression d’une triple bouffade sur sa pipe qui émit trois petits pop sur ce même rythme, La Magie aurait-elle un rapport avec cette guerre ? Ou seuls les besoins d’un jeune roi en quête de légitimité ne pourraient-ils pas motiver celle-ci ? Une alliance avec les Nains vous dites, et pourquoi étendre l’influence du Royaume du Nord ? Les orques se déversent dans le Rhôvanion ? Est-ce surprenant qu’au moment où des pouvoirs anciens ressurgissent, des maux d’un autre temps fassent de même ? Coïncidence ? Peut-être… M’est d’avis que nous aurions bien du mal à répondre à tout cela avec si peu d’indice, d’où notre présence ici ?

Votre sexe bouleverse déjà nombres de vos traditions, remettre en cause l’autorité légitime que dont votre roi dispose du fait de son sang vous mettrez dans une situation délicate, Muireen, mais non moins juste et douée de bon sens. Mais comment faire pour que soient entendues vos questions ? Comment faire entendre jusqu’aux oreilles de ce Roi vos revendications ? Je ne vous ai pas vu à la table qu’il avait fait dresser ce soir et pourtant, pour être l’une de ces vassales disposant du titre d’héritière de Clan, vous auriez été à votre place sur cette table, non ? »


La fumée commençait de s’enroulait tout autour du Magicien, captant les rayons de la Lune, et lui donnait l’air de surgir d’un rêve. Le vent, même faible, aurait pourtant dû dissiper celle-ci et pourtant, la voilà qui restait là, toujours plus épaisse, comme une brume matinale dans laquelle il semblait sur le point de s’évanouir et pour retourner dans les contes et légendes dont il sortait ; du moins s’il était bien le Radagast de ces histoires…    
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Lun 24 Avr - 17:08

« Non. »

Une réponse nette et tranchée. Muireen leva le nez vers les hauteurs semi-enténébrées de l'empyrée, les cris reconnaissables entre mille d'une paire d’engoulevents apportant leur conclusion à sa dénégation comme pour l'appuyer. Elle enroula une boucle cuivrée autour de son index, oublieuse de son interlocuteur pendant un instant de réflexion.

Trop de choses avaient changé dernièrement. Et si ce qu'elle avait tenu pour acquis depuis si longtemps s'avérait être faux ?

« Avez-vous déjà côtoyé les familles nobles ? » Elle ne pouvait pas se douter à quel point ç'avait pu être le cas. « J'appartiens à un clan mineur : ma famille est d'importance moindre. Ma place n'est pas à la table du roi, pas ce soir du moins. »

Serait-ce le cas un jour ? Peut-être, lorsqu'elle prendrait les rênes du pouvoir à la suite de son père. L'idée de faire partie de la cour royale l'intéressait-elle seulement ?
Égoïstement, elle reprochait à Neithan bien des choses dont il n'était pas responsable et au fond de son cœur, la jeune guerrière en avait bien conscience. Mais ces derniers temps il lui fallait un coupable et qui pouvait l'être davantage qu'une tête couronnée ?

« Vous savez, c'est amusant... » commença-t-elle sur un ton qui démentait complètement son propos. « Il y a quelques années encore, alors que certaines filles de mon âge s'apprêtaient à se marier, mon seigneur et père me soutenait que je pourrais choisir mon époux ; que j'étais la cadette des Crate, la dernière née d'une petite maison, et qu'au fond on n'attendait pas beaucoup de moi. Ce n'était pas pour me déplaire : je n'ai pas l'ambition de certaines. »

Peut-être pas l'ambition, mais Muireen passait sous silence la soif de gloire que lui instillaient ces voix séculaires résonnant à son oreille lorsque la bataille pointait à l'horizon.

« J'avais... beaucoup de chance, en réalité. Je jouissais des privilèges de ma naissance sans guère en porter le fardeau des responsabilités. Et puis il y a eu notre roi. Je suis devenue l'héritière, la représentante des nôtres, celle qui doit trouver une alliance profitable... mais qu'on laisse tout de même aller à la guerre, parce qu'il faut faire bonne figure devant le trône. Ou parce que j'ai trop mauvais caractère pour qu'on m'en empêche, allez savoir. »

Elle s'en prenait encore à lui, rejetait la faute de ses malheurs sur l'homme auquel avant tous les autres elle jurait obéissance. Bah ! On lui demandait de le suivre, pas forcément de l'apprécier. Bien qu'elle ne l'ai jamais vu.
Caireann soutenait qu'il était très beau garçon. Un sourire en coin étira la bouche de la rouquine.

« Les rumeurs, la foi qu'il inspire, l'élan guerrier qu'il donne à notre peuple... j'ai envie d'y croire », avoua-t-elle à mi-voix. « Mais depuis le sang a coulé, je suis devenue l'unique héritière de ma famille là où je n'étais que la septième de ma fratrie. Rien ne m'y avait préparée. »

Rien ne l'avait préparée, certes. Ni à ses nouveaux devoirs, ni à la perte cruelle perforant sa poitrine.

« Je ne peux pas m'empêcher de songer que si Birusmavi n'avait pas été élu, peut-être ma vie serait-elle aussi insouciante qu'elle avait coutume de l'être. C'est un peu... » Elle grimaça. « Puéril, j'en conviens. Mais pour l'heure je n'ai guère envie de partager le vin du roi et pour être franche, je doute qu'il y songe seulement lui-même. »

Elle fit quelques pas dans l'herbe fraîche et, chose surprenante, ôta subitement ses bottes cavalières ainsi que les épaisses chaussettes de gros lin qu'elle portait en-dessous. Et ainsi d'aller, les pieds nus rapidement tachés de vert.

« Et vous alors, maître Radagast ? Qu'est-ce que vous venez donc faire au sein de l'ost royal ? Ce n'est pas comme si vous étiez homme d'armes. »

La réponse à cette question l'intriguait mais en réalité, c'était une toute autre interrogation que Muireen avait envie de poser. Simplement elle hésitait, n'osant trop quêter une connaissance qu'elle pouvait regretter.

« Et puis que... que savez-vous vraiment de la magie ? Cette histoire de bosquet, ce n'était qu'une fable, non ? »

De ceci, elle était à peu près certaine. Mais bien des fables recelaient un fond de véracité et c'était, sentait-elle instinctivement, le cas de celle-ci.

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« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Ven 28 Avr - 0:15

Loin d’adoucir l’humeur de l’intrépide, les paroles de Radagast enflammèrent de plus belle sa hargne et elle lui répondit durement en conséquence. Pourtant, il ne lui en tint aucune rigueur ; a contrario il condamna sa formule comme malheureuse et lui comme seul fautif. Alors le doute l’assaillit et la nostalgie de sa retraite leva de noirs nuages d’orage sur son cœur. A quoi avait-il pensé, lui qui connaissait si peu les Edain pour les avoir trop longtemps fui, en se plaçant ainsi en travers de leur chemin pour leur faire la leçon ? Olórin avait toujours eu l’intuition de ces sentiments, Eru l’avait fait ainsi et… « … Oui, Olórin a toujours su et en cela il est meilleur, inébranlable, inaltérable et, de fait, impossible à faire ployer jusqu’à ce qu’il rompe. Mais vous, mon ami, vous vous êtes comme la terre qui recouvre Arda et avait besoin qu’on laisse trace en vous pour que vous vous souveniez à jamais, quittant votre douceur originelle comme Endor quitta l’apparence qui était la sienne lorsque Melkor la frappa, lorsque le Beleriand sombra, lorsque Númenor jaillit et disparut. Vous ne parcourez pas Endor, Aiwendil, vous la vivez, au plus profond de vous, alors qu’Olórin, lui, en fut le pèlerin, et, comme l’arbre, vous plongez vos racines profondément dans la terre, toujours plus profondément que vous vous élevez plus haut. Mon ami, je ne vous le cacherai pas, face à l’Ombre qui s’avance, il vous faudra être le plus grand des arbres d’Endor et vous devrez l’aimer plus fort que jamais si vous voulez qu’elle perdure, l’aimer ainsi que tous les enfants qui l’habitent dont vous avez eu la crainte jusqu’aujourd’hui et dont vous aurez l’affection demain, ayez confiance. »

Comme les rayons du soleil perce même le plus lourd des manteaux nuageux, les paroles de Yavanna chassèrent le voile et le cœur de Radagast se ragaillardit. Il lui fallait vivre, trouver un renouveau après le long hiver. Il tira longuement sur sa pipe et soupira un long trait de fumée qu’il fit s’enrouler autour de lui. A présent, il semblait surgir, au niveau de la taille, comme d’un nuage et ses pieds, et ses jambes avaient totalement disparus dans l’épaisse fumée bleue.

S’il écouta en même temps qu’il pensa tous les dilemmes de Muireen, il n’émit aucun avis, bien qu’il y réfléchît, et laissa la jeune femme à sa quête de vérité, ne pouvant lui en apporter aucune pour l’instant.


« Et vous alors, maître Radagast ? Qu'est-ce que vous venez donc faire au sein de l'ost royal ? Ce n'est pas comme si vous étiez homme d'armes.  Et puis que... que savez-vous vraiment de la magie ? Cette histoire de bosquet, ce n'était qu'une fable, non ? »  
   
Le Magicien se prit à sourire tant l’air anodin qu’elle avait donné à ces questions dénoté avec la complexité des réponses qu’elles attendaient. Il continua de fumer un peu avant de commencer :

« Pourquoi suis-je ici, d’abord… Sachez que les épées ne sont pas le seul moyen de mener un combat et que je ne me trouverais guère longtemps démuni s’il me fallait assommer un gobelin et même un de ces wargs puants seulement, contrairement à certains de mes collègues, je n’aime pas les épées. Si elles peuvent être jolies, elles ont néanmoins été forgés dans un unique but qui est celui de donner la mort et cela me réjouit peu, je préfère ne pas avoir sur moi ce genre d’objets. Par ailleurs, je suis un érudit, je connais nombreuses choses que beaucoup, même votre roi, même les anciens qui l’accompagnent, ignorent et que leurs parents avant eux avaient déjà oubliés. Bon, et enfin, je dois bien vous avoué que lorsque l’on m’a invité au repas, j’ignorais qu’il s’agissait là d’un tel honneur, j’imagine que l’on m’a pris pour quelqu’un de plus important que je ne suis , dit-il en riant de bon cœur. Pour ce qui est de la magie, mon enfant, sachez qu’il s’agit souvent de choses non point magique mais technique qui dépasse le commun de mortels. Vous n’imaginez pas tout ce qu’il est possible de faire avec les bonnes feuilles ou les bonnes baies, même pour le premier venu, en ce qu’il s’agit de potions étonnantes et, en outre, les Nains usent souvent de procéder incroyablement complexes lorsqu’ils donnent forme à leurs artefacts si bien que le non-initié donnera volontiers le nom de Magie à ce qui, pour les vrais Magiciens, ne relève que de l’Art ou de l’artifice. »

La façon qu’elle avait de marcher dans l’herbe pieds nues l’attendrit quelque peu et lui rappela la Dame qu’il servait. Après une pause, il finit par reprendre.

« Enfin, pour cette histoire de bosquet, j’imagine qu’ils se sont laissés enflammés par leur fantaisie du moment. Nous savons tous que la Nature, pour s’épanouir, a besoin du long travail des saisons. »

En terminant sa phrase, il afficha un étrange sourire énigmatique, le genre de sourire qu’affectionnent les papys quand il s’agit de faire comprendre aux petits que l’histoire se trouvait tronquées délibérément et non sans quelque malice de la part de son conteur.
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Mer 3 Mai - 10:23

Que son interlocuteur s'obstina, sur le sujet de la magie, à lui fournir des réponses qu'à son avis l'on pouvait interpréter de bien trop de manières différentes, ou floues, ou même brouillonnes, exaspérait Muireen au plus haut point. Elle avait l'impression qu'il essayait pourtant de ne pas la froisser, un peu comme un patient maître s'efforcerait de détourner de lui les interrogations d'une gamine qui ne pouvait pas saisir ce qu'il pourrait lui expliquer ; vue son haute opinion d'elle-même, la jeune femme avait un peu de mal à passer outre cette image.

« Mais...! » commença-t-elle, un pli rancunier froissant ses lèvres.

Ses yeux de couleur fauve s'arrêtèrent un instant sur la fumée odorante qui semblait se prêter au jeu un peu perturbant du Magicien. D'ailleurs, à y bien regarder, l'herbe à ses pieds ne serait-elle pas un peu plus vivace et folle qu'ailleurs ? N'était-ce qu'un effet taquin de la chiche lumière du ciel nocturne ou bien certains brins ne paraissaient-ils pas rechercher sa promiscuité ? Elle battit des paupières et l'illusion se dissipa. Du moins le crut-elle.

« Vous savez que vous êtes à peu près aussi impossible que mon père, hein ? » lâcha-t-elle finalement avec une effronterie assumée. Que le père en question en clama autant à l'endroit de sa fille était de notoriété publique pour les gens de Vert-Bois, mais elle n'allait pas le lui préciser.

Quelque chose chez Radagast, ou plutôt l'un des trop nombreux détails le concernant sur lesquels elle n'arrivait pas à mettre le doigt la poussait à se confier. Il y avait chez cet étrange vieillard que de loin on aurait pu croire vêtu de mousse et d'humus - rapport aux teintes de ses habits plutôt qu'à leur odeur, se sentit-elle obligée de souligner en pensée - un on-ne-savait-quoi d'éminemment bienveillant. Au sens le plus large du terme, comme s'il était capable d'aimer la Terre entière pour ce qu'elle était plutôt que pour ce qu'elle aurait dû être. Muireen connaissait plusieurs érudits, ou du moins des gens considérés comme tels - son amie Caireann, à ce sujet, cachait bien son jeu - et elle était à peu près certaine qu'un grand savoir amenait l'envie de refaire le monde.
La guerrière était prête à parier que ce n'était pas le cas de son hôte.  Et ceci expliquait notamment pourquoi elle avait tant envie de lui faire confiance.

Elle se tourna subitement en direction des montagnes de l'Ouest, dont la silhouette menaçante dessinait une lointaine ombre déchiquetée sur la voûte encrée.

« Je pars demain. » C'était sauter du coq-à-l'âne et, de plus, la déclaration était quelque peu ambigüe. « C'est bien fait ! Moi aussi je peux jouer les mystérieuses ! » songea-t-elle avec une satisfaction puérile. « L'armée va envoyer des éclaireurs sur notre versant des hauteurs afin de reconnaître le terrain. Je ne sais pas trop qui en fera partie, hormis moi. »

L'héritière croisa les bras sous sa poitrine, tâchant d'adopter une posture décontractée. En réalité, ses épaules s'étaient un peu raidies depuis quelques secondes ; si elle avait éprouvé de l'excitation et une forme d'exultation sauvage à l'idée de se confronter au danger, elle ne pouvait désormais s'empêcher de se poser la foule des questions qu'elle était jusqu'ici parvenue à refouler.

Serai-je à la hauteur ?
Cela sera-t-il si périlleux ?
Et si je ne reviens pas ?
Et si dans une semaine c'est mon prénom qu'on murmure le soir pendant le chant des morts ?


Elle jeta un coup d’œil dans la direction approximative du coin du campement que les siens occupaient. Un moment, le vent s'était fait beaucoup trop râpeux sur sa nuque, l'herbe bien trop glacée sous la plante nue de ses pieds. Elle frissonna.

« Ah ! C'est ici que vous vous cachiez, alors ! »

La voix qui s'était élevée soudain était celle d'un mauvais comédien. Au ton employé, l'homme ne paraissait pas surpris et feignait seulement de l'être ; son engouement, son affabilité même, tout sonnait forcé. Ce qui aurait dû être une taquinerie affectueuse résonna comme une apostrophe moqueuse.

La noble n'étouffa qu'à moitié son gémissement de dépit. Non loin d'eux, venu de l'ost royal, avançait à grandes enjambées et en agitant la main un homme du Nord de haute taille. La faible clarté lunaire lui peignait des traits acérés et nobles tout à la fois, avec un nez droit et une mâchoire carrée, mais pas trop large, ainsi qu'un front à peine effleuré par les mèches noire soigneusement retenue d'un catogan de cuir. Le nouveau venu était rasé depuis peu ; un observateur attentif remarquerait la fine entaille qui suintait une goutte de sang à l'arrondi de son menton.

« Muireen, ma chère. Veux-tu me présenter ton... » Il jaugea d'un œil arrogant et vif le druide. « ...chaperon, je gage ? »

Son phrasé étudié s'encombrait d'un peu de morgue, et il vint derechef prendre le bras de la jeune femme. Musculeux, large des épaules et du buste, il s'était vêtu d'un pourpoint bleuâtre dont la facture attestait de sa richesse, décoré d'une multitudes de glands de velours, bordé de fils dorés et - comble du mauvais goût pour la fille de Crate - pourvu aux manches comme aux rebords d'une fine dentelle noire. Son pantalon assorti disparaissait au mollet dans de petites bottes au cuir raffiné.

« Maître Radagast », fit-elle obligeamment en commençant par le Magicien comme si c'était lui qui avait fait la demande de ces présentations, « je vous présente Tynian Gladburg. »

Elle s'arrêta là, glissant un regard au bras que l'homme lui avait saisi comme si elle voulait s'assurer qu'il ne l'emporterait pas. Ce faisant, elle surprit les doigts de Tynian.

« Tiens donc. Vous ne portez que vos anneaux et pas votre chevalière, aujourd'hui ? » Il eût fallu être fin d'oreille pour déceler la note d'amusement sincère qui se glissa dans ses paroles. « J'avais pris l'habitude de vous voir la porter depuis que vous l'aviez achetée. »
« Achetée ? Elle fut forgée sur ordre de mon père, Muireen, par le meilleur orfèvre d'Arnor. C'est un bien de famille, de telles choses ne s'achètent pas. Tu le saurais si tu en avais. »

Le sourire qui devait atténuer la pique était si faux qu'il l'exacerba plutôt. Le sujet familial était devenu si sensible à Muireen dernièrement qu'un rouge de mauvais augure lui colora les pommettes, mais elle refusa de lui donner davantage satisfaction.

« Vous devriez profiter que le roi soit là pour vous entretenir avec lui sur le sujet » répliqua-t-elle, un peu puérilement, en levant les yeux au ciel. De fait, les Gladburg étaient des marchands ; riches, certes, mais l'usage voulait que seules les maisons nobles disposent d'un sceau.
« Allons, ne t'énerves pas. Que dirais-tu d'un petit duel amical par cette belle nuit ? » Il rit en faisant quelques pas en arrière, levant les mains paumes ouvertes. « Abandonne cette expression meurtrière, je parlais de Chevaliers. »

Chevaliers était un jeu de plus en plus répandu ces dernières années ; un plateau quadrillé supportait deux armées - ou trois selon les versions importées du Sud, mais comme disait Muireen, c'était suffisamment le foutoir avec un couple de protagonistes - de pions par l'entremise desquelles les participants s'affrontaient. L'on pouvait gagner en détruisant les forces ennemies, en prenant ses bastions, en capturant son chef et même (une telle victoire était le comble du raffinement et de l'astuce) en parvenant à s'emparer d'une succession bien précise de cinq pièces, notées à l'avance sur un bout de papier.

On pensait le jeu nouveau, mais à la vérité, il ne l'était pas du tout. Chevaliers, quoique rarissimes étaient ceux à le savoir, et ni la noble ni le marchand ne faisaient partie de ceux-là, n'était que la remise au goût du jour d'un antique exercice de réflexion que menaient les hommes d'antan. Il avait alors un autre nom, mais seul quelqu'un comme Radagast pouvait bien le connaître.

« Il faudrait retourner au campement. Je n'ai pas envie » objecta alors la jeune femme.
« Inutile, j'ai mon propre jeu avec moi. »

Tynian agita une épaisse bourse à sa ceinture. Les plateaux de Chevaliers pouvaient être en os, en bois, ouvragé ou non, en pierre, et il y en avait pour toutes les tailles et toutes les fortunes, le prix variant en fonction du soin apporté à l'ouvrage. Comme de bien entendu, celui du négociant était une petite merveille pliable et artistiquement réalisée, prévue pour les voyages. Et l'esbroufe.

« Mais je suis terriblement nulle à Chevaliers... Oh, attendez. » Une lueur sournoise éclaira brièvement son visage lorsqu'elle se tourna vers Radagast, se dégageant au passage du jeune homme, et plongea dans le regard du druide ses plus innocentes mirettes accompagnées d'une expression de détresse infinie : « Vous voulez bien être mon champion, dites ? » Et, un ton plus bas, sur une note féroce : « Faites-lui mal. »

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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Ven 5 Mai - 11:07

L’exaspération manifeste de la jeune femme face à ses réponses continua d’amuser beaucoup Radagast qui, immédiatement, se sentit une certaine sympathie pour son père : que de patience il avait dû déployer face à tant d’énergie ! Il l’observa en silence et vit toutes les pensées l’assaillir, chacune d’entre elles altérant le visage juvénile à sa façon. Il se laissa gagner par la vivacité des sentiments qui l’animaient, lui qui avait depuis trop longtemps la lenteur de décision d’un Ent se sentait, sous la voûte étoilée, rajeunir de mille années.

La nouvelle de sa participation à l’expédition du lendemain lui réchauffa vivement le cœur, lui qui s’inquiétait de sa place dans une telle affaire. Jamais il ne s’était trouvé dans pareille situation et s’il avait souvent opéré à quelques reconnaissances avec les descendants d’Oropher, il l’avait toujours fait seul et sous le couvert des bois. Ce fut donc avec un large sourire qu’il lui apprit sa propre participation :


« J’en serai moi-même et je suis heureux de vous savoir à mes côtés : vous semblez avoir la force de caractère suffisante à renverser seule toutes les armées ennemies et à abattre même les montagnes qui les abritent. »

Sa présence le rassura d’autant plus que l’agacement avait totalement fuit la guerrière qui se tenait à présent avec désinvolture, immédiatement plus à l’aise lorsqu’il s’agissait d’évoquer de possibles combats plutôt que la possibilité de l’existence de pouvoirs magiques qui la dépassaient. Le Maia continuait de lui sourire, s’apprêtant à poursuivre leur conversation, lorsqu’ils furent inopinément interrompus par un grand gaillard à l’air terriblement northman.
Le spectacle auquel le Magicien fut obligé d’assister l’agaça profondément, d’autant plus que la longue journée qu’il avait passée commençait à peser sur son corps et son humeur. La verve artificielle du garçon et sa tenue ostensiblement raffinée parachevèrent la triste opinion qu’il eût immédiatement de l’individu auquel Muireen donna un nom : Tynian Gladburg. Soudain, sa pipe eut un goût amer et toute envie de fumer lui passa, il venait de gâcher son moment, si bien que le Magicien tira une dernière bouffée, dissipa le nuage de fumée qui l’entourait et vida sa pipe d’un geste preste avant de la ranger dans le repli dont elle avait surgi. A n’en pas douter, Aiwendil avait la force et le cœur d’aimer tous les êtres vivants d’Arda mais leur passer tous leurs caprices étaient une attitude hors de sa portée. Les yeux papillonnant de Muireen n’y changèrent rien, c’est avec un air peu amène qu’il répondit au jeune outrecuidant – bien que ‘crétin’ eût été un terme bien plus adéquat après réflexion :


« Pensez-vous, mon garçon, que j’ai parcouru tout ce chemin depuis l’Arnor jusqu’à tous vos suzerains pour leur proposer d’être votre nourrice ? Je regrette qu’en lieu et place d’une breloque luisante à enfiler à votre doigt, votre père ne vous eût plutôt légué quelque savoir-vivre et la bienveillance qu’il sied lorsque l’on aborde ses semblables.

Sachez Muireen que je ne puis être votre héros ici, non pas que je ne vous juge pas digne de ma protection, mais plutôt que je ne souffre pas d’infliger au téméraire l’humiliation. J’ai souvent joué avec les Eldar, qui l’inventèrent bien avant votre naissance, et sachez que parmi eux, il ne reste que leurs enfants pour apprendre à jouer avec des pièces de bois, les Seigneurs Elfes ayant depuis longtemps magnifié ce jeu en faisant de lui un duel d’esprit à esprit, chacun des joueurs ayant à tout moment, en tête, l’intégralité du plateau et des pièces sans qu’il lui soit besoin de les voir. J’épargne donc à votre ami une défaite honteuse, d’autant qu’il semblait en venant vous trouver espérer une victoire facile – puisqu’il n’ignorait certainement pas votre expérience en la matière – ce que quiconque ne peut que condamner.

A présent, jeune Tynian, je vous invite instamment à trouver quelqu’un ayant la patience de supporter votre manque de sympathie – ou quelque serviteur de votre suite qui y soit obligé, à défaut. Nous allions, Dame Muireen et moi-même, aborder un sujet des plus sérieux : demain nous nous levons avant l’aube pour aller au-devant de l’ennemi et risquons par-là notre vie si bien que, à moins que ce ne soit aussi votre cas et que vous vous trouviez subitement le souvenir de votre bonne éducation, je souhaite votre départ ; nous n’avons guère le temps de satisfaire votre orgueil. »


Le ton était resté le même et le débit, lent et mesuré, avait exacerbé d’autant plus l’âpreté de sa parole. Les deux mains haut sur son bâton, Radagast indiqua la direction du camp en inclinant celui-ci et intima ainsi au fanfaron qu’il le congédiait, le fixant d’un air sévère jusqu’à ce que celui-ci obtempère. Son visage devint d’abord livide, à la façon des enfants lorsqu’ils se font sévèrement grondés, puis il devint d’un rouge furibond tandis qu’il se laissa dicter ses mots par l’orgueil plutôt que la sagesse.

« Pour qui vous prenez-vous, vieillard ? Personne ne me parle de la sorte… Vous…

– Jeune homme, je me suis montré patient jusque-là mais n’abusez pas de ma bonne volonté ! Ne me prenez pas pour un Magicien de pacotille ! » A ces mots, la sévérité sur le visage de Radagast s’était changé en ombre et, alentour, les ténèbres de la nuit semblait s’être fait plus profonde tandis que sa voix était devenue l’égale du grondement du tonnerre. Le spectacle était saisissant et il entraîna la fuite du jeune nobliau qui, de chien impétueux, s’était fait chiot peureux et détalait à présent littéralement vers le campement. Lorsque Radagast se tourna de nouveau vers Muireen, la nuit avait repris son cours normal et toutes traces de menace avait quitté son visage, il était redevenu l’ancien bienveillant qu’elle avait côtoyé jusque-là. Elle se mit alors à rire à gorge déployée et quand enfin elle se fut calmée quelque peu, il lui demanda :

« Puis-je savoir qui était cet enfant mal élevé ? »
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Jeu 11 Mai - 9:12

« L'unique héritier de votre pire cauchemar » explicita Muireen d'un ton affable, d'où perçait encore une vive hilarité.

Elle avait apprécié le spectacle, bien qu'en son for intérieur elle admît qu'à un moment Radagast l'avait quelque peu intimidée. Ç’avait été comme observer un fleuve placide se muer en torrent de montagne, tout en se tenant au bord du lit en furie. Quelque chose chez le druide n'était décidément pas... commun, c'était le moins qu'elle puisse dire. La noble se promit de percer les secrets du vieil homme, tout en sachant que la chose ne se ferait pas en une nuit.

« Je crains que l'on ne vous réserve mauvais accueil dans certaines parties du Rhôvanion. » Au ton employé, la jeune fille était sincèrement navrée. « Les Gladburg ont acheté maintes amitiés et ils ont la rancune mesquine. Cela dit, ma demeure à Vert-Bois vous est grand ouverte. Ne serait-ce que pour que vous puissiez confirmer mes dires lorsque je raconterai ceci à mes parents ! Ils n'en reviendront pas ! »

Un sourire radieux éclairait désormais son visage. Au fond, elle avait un peu - mais rien qu'un peu - de peine pour Tynian. Il n'était pas mauvais et avait plus de qualités que son arrogance démesurée n'en laissait paraître, mais il avait tendance à perdre toute mesure en sa présence. Non pas qu'elle s'en estima alors responsable : le crétinisme des hommes amoureux, ou de ceux croyant l'être, n'était pas de son ressort.

Elle reprit lentement leur promenade, pinçant sa paire de bottes dans une main et passant affectueusement le bras dessous celui du Magicien, comme elle l'eût fait de quelque parent. Elle voyait bien Radagast en oncle légèrement toqué : l'image, dans sa tête, était plutôt flatteuse.
Oui, elle avait décidé que le chamane méritait sa confiance. Muireen était une Nordique passionnée : elle donnait son amitié, tout comme sa haine et son amour, de façon pleine et entière.

« D'aussi loin que nous nous connaissons, et ça fait un moment maintenant, Tynian m'a toujours un peu fait la cour. C'était charmant quand nous étions enfants, amusant par la suite... mais, comme vous avez pu le constater, c'est devenu plutôt agaçant. » Elle se rembrunit. « Mon père me laissait gérer cet aspect des choses : éconduire les gens est l'une des rares choses que j'ai bien apprises de ma mère. Mais dernièrement... et bien, je ne suis plus aussi libre de mes choix qu'auparavant. »

Elle lui avait déjà un peu expliqué sa situation. Elle était en âge de se marier et sa famille n'était pas au mieux de son influence, loin s'en fallait. Rechercher une alliance avantageuse, naguère un devoir au mieux théorique, était brutalement devenu un véritable sujet de discussion certains soirs au domaine des Crate.

Et il était de loin le plus pénible. S'il était une chose que Muireen chérissait par-dessus tout, c'était la liberté. C'était d'ailleurs bien là que le bât blessait, dans sa vie : elle n'était plus libre de rien, pensait-elle, et s'il lui arrivait de faire quelque chose qui lui plaisait, c'était parce ses désirs s'avéraient coïncider avec ceux de son seigneur et géniteur, rien de plus. Sa présence dans l'ost royal en était un exemple : elle avait voulu voir de ses propres yeux ce roi dont tout le monde parlait dans les Terres Brunes, alors que Cathalain Crate avait conclu que son clan devait participer à la reconquête de la Moria.

Au sujet de son mariage, elle savait qu'elle pouvait lui tenir la dragée haute pendant un petit moment, mais pas éternellement. Tôt ou tard il lui faudrait prendre un époux, et elle n'aurait qu'un choix restreint. Qu'elle eût la chance d'en trouver un qui lui plût ne serait qu'un concours de circonstances. Cette perspective la faisait grincer des dents, renâcler intérieurement. Elle était aussi téméraire qu'éprise de liberté... et qu'elle aimait sa famille.
Par amour de ses parents, elle finirait par obéir.

« Mais et vous alors ! » Elle se retourna à demi vers Radagast, une lueur espiègle au fond de ses yeux.
« Je ne commets pas l'erreur de croire que les anciens ne furent jamais amoureux. Je suis sûre qu'en votre temps » pérora-t-elle avec l'insolence cruelle de la jeunesse, « vous aviez quantité de soupirantes après vous. Je suis sûre que... oui, c'est cela. »

Tout en marchant elle énuméra les faits un par un en tapotant sur la manche du Magicien, ponctuant son raisonnement. Sa vitalité pleine d'humour débordait littéralement de sa personne.

« Vous êtes savant, sous vos dehors forestiers. Ne niez pas, vous avez laissé échapper trop d'indices ; or donc, je suppose que vous avez fréquenté l'une de ces académies impériales qu'ils ont dans les grandes cités du Sud avant de vous installer à Rhosgobel. Là-bas, vous auriez étudié... l'histoire, oui. Et vous aurez fait vos classes en vous éprenant d'une élève ménestrelle : je l'imagine blonde et grande - les ménestrelles sont toujours blondes, vous savez - mais quelque tragique dénouement, dont vous vous êtes depuis remis, vous aura éloignés l'un de l'autre. Vous vous êtes donc exilé dans cette province de rustauds qu'est la nôtre, loin des grises mines impériales, où depuis lors vous êtes devenu la terreur des jeunes coqs comme Tynian. »

Fière de son résumé hypothétique, elle lui décocha un sourire désarmant.

« Je vous ai dit que Caireann, mon amie de tantôt, est barde ? Vous vous entendriez à merveille. »

_________________


« Dans mes songes j'ai vu une bête prendre couronne et s'allonger sur le trône du Nord. Ses griffes sales, sa fourrure en bataille ; dans ses yeux je lisais l'antique grandeur des rois de naguère et j'ai su, oui, j'ai su qu'il était temps pour nous ! »


Chant d'adieu des guerrières de Crate
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MessageSujet: Re: [Event Moria] Entrevue avec un Magicien   Ven 26 Mai - 19:15

Radagast écouta patiemment la jeune héritière des Crates lui faire le récit de sa situation et des désagréables assauts du garçon qu’il venait de chasser. Lorsqu’elle le prévint au sujet de la rancune des gens de cette famille, il se contenta d’un haussement d’épaules désinvolte et d’un : « L’or n’a jamais eu assez de valeur pour acheter les cœurs braves, tout juste parvient-il à se lier aux cupides mais même eux ne restent guère longtemps lorsque la paye tarde à venir. » Quant à son invitation, il y répondit par un sourire avant de se laisser de nouveau entraîner plus avant dans leur déambulation nocturne.

« D'aussi loin que nous nous connaissons, et ça fait un moment maintenant, Tynian m'a toujours un peu fait la cour. C'était charmant quand nous étions enfants, amusant par la suite... mais, comme vous avez pu le constater, c'est devenu plutôt agaçant. Mon père me laissait gérer cet aspect des choses : éconduire les gens est l'une des rares choses que j'ai bien apprises de ma mère. Mais dernièrement... et bien, je ne suis plus aussi libre de mes choix qu'auparavant. »

Si elle avait été plutôt joviale après le petit spectacle auquel elle avait assisté, sa joyeuse humeur s’éteignit brusquement. Les espoirs de sa Maison s’étaient soudainement abattus sur elle suite à un destin malheureux et cela ne semblait pas la réjouir.

« Vous êtes une femme noble et courageuse, écoutez votre cœur et non ce que vos devoirs vous dictent, un mariage d’argent n’a jamais, à ma connaissance, donné naissance à une lignée heureuse et digne d’être louée. S’il vous dit que ce jeune homme n’est pas celui qu’il faut à l’héritière des Crates, c’est que, quelque part, dame Varda vous guide dans la bonne direction. »

Il l’écouta ensuite avec beaucoup d’amusement lui raconter une vie qui eût pu être la sienne s’il n’avait été un immortel. La Northman chassa rapidement sa mauvaise humeur en dressant ce tableau plutôt burlesque dont la conclusion amena Radagast à rire.

« J’ai bien trop d’amour pour tout ce qui est pour me faire soupirant d’un unique objet d’attention. Je vous aime également que votre amie, Caireann, de même que j’aime le souffle du vent sur les fleurs qui s’ouvrent au matin, que j’aime l’oiseau qui s’élance, que j’aime même les plus prétentieux des Edain car, s’ils ont en eux quelque ombre, c’est du fait de Morgoth et non par nature. Tous, si nous vous donnions une vie décente dénuée et de la crainte et du malheur, vous seriez braves et honnêtes… Mais le monde est ce qu’il est et il porte les noires blessures du Noir Ennemi.
Enfin… Si vous me racontiez plutôt quels faits d’armes et quelles prouesses ont amené tant de femmes courageuses à vous suivre en guerre ? Votre clan semble bien le seul à tolérer une telle fougue chez ses représentantes. »
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